Le poids idéal : et si on posait enfin la bonne question ?

Laurianne Chignard • 7 août 2026

Le poids idéal : et si on posait enfin la bonne question ?

On nous parle de poids idéal depuis l'enfance. Un chiffre sur une balance, une case dans un tableau, une courbe sur un graphique. Pourtant, vingt ans de consultations m'ont appris une chose : le poids idéal n'existe pas dans un tableau. Il existe dans une vie.

Ce que le poids idéal n'est pas

Ce n'est pas un chiffre sorti d'une formule mathématique. L'IM , dont j'ai détaillé les limites dans un article dédié, reste un outil de santé publique utile à l'échelle d'une population. Il l'est beaucoup moins à l'échelle d'un individu. Il ne distingue pas le muscle de la graisse, ne tient pas compte de la morphologie, de l'âge, du sexe biologique, de la répartition des tissus. Deux personnes avec le même IMC peuvent avoir des compositions corporelles radicalement différentes, et des états de santé tout aussi différents.

Ce n'est pas non plus le poids que vous aviez à 20 ans, celui d'une célébrité que vous admirez, ni celui que vous vous imaginez devoir atteindre pour vous sentir légitime dans votre corps.

Un poids sans effet néfaste sur la santé

C'est le premier critère, et il est non négociable, dans les deux sens : trop ou trop peu.

Je voudrais dire ici quelque chose qui peut sembler inconfortable dans le contexte actuel : oui, il faut absolument revoir notre regard collectif sur les corps qui ne rentrent pas dans les cases. Oui, la grossophobie est réelle, destructrice, et n'a pas sa place dans un cabinet de santé ni ailleurs. Oui, la diversité des corps est une réalité biologique avant d'être un choix de société.

Mais individuellement, il faut aussi avoir l'honnêteté de reconnaître que les excès (surpoids important ou insuffisance pondérale sévère) ont un impact direct et documenté sur la santé. Articulations, système cardiovasculaire, métabolisme, fertilité, immunité, santé osseuse... Le corps supporte, jusqu'à un certain point. Et ce point est différent pour chacun.

L'enjeu n'est pas de rentrer dans une norme esthétique. C'est de préserver sa santé, ce qui est, il me semble, la définition même de ce pour quoi je travaille.

Un poids dans lequel on se sent bien

C'est le deuxième critère, et celui-là, personne d'autre que vous ne peut le définir.

Je ne sais pas comment vous habitez votre corps. Personne ne le sait de l'extérieur. Ce que vous renvoyez comme image ne dit rien de comment vous vous levez le matin, de si vous montez un escalier sans essoufflement, de si vous dormez bien, de si vous vous sentez à l'aise dans vos vêtements, dans vos mouvements, dans votre quotidien.

Pour certains, le poids idéal est une question d'apparence, et c'est légitime. Pour d'autres, c'est une question de confort physique, de performance sportive, d'énergie dans la journée, de relation au miroir. Tous ces critères sont valides. Aucun n'est plus noble qu'un autre. L'important est qu'ils vous appartiennent, pas qu'ils répondent aux attentes de votre entourage, aux standards d'un réseau social, ou à une image que vous pensez devoir projeter pour être acceptable aux yeux des autres.

Les autres ne vivent pas dans votre corps. Vous, si, en permanence. Et ca ne se mesure pas avec un rapport poids/taille

Un poids que l'on peut conserver sans se battre

C'est le troisième critère. Et c'est probablement la principale source d'échec que j'observe en consultation, lors des phases de stabilisation.

Voici la question que je pose systématiquement, et que je vous invite à vous poser honnêtement : êtes-vous prêt(e) à maintenir durablement, vacances comprises, fêtes comprises, imprévus compris, les changements d'hygiène de vie nécessaires pour conserver ce poids ?

Plus jamais le dessert partagé avec des amies ? La coupe de champagne aux événements familiaux ? La semaine de vacances sans penser à l'alimentation ? La séance de sport quotidienne sans exception ni aménagement ?

Si la réponse est non, ou même "je ne suis pas sûr(e)",  alors le poids visé n'est peut-être pas votre poids idéal. C'est un poids de circonstance, obtenu dans un contexte particulier, avec une discipline qui n'est pas tenable sur le long terme. Et dès que la vie reprend ses droits, parce qu'elle le fait toujours, le poids reprend avec elle.

Ce n'est pas un échec de volonté. C'est une inadéquation entre un objectif et une réalité de vie.

Et si votre corps avait besoin de ces quelques kilos de plus ?

C'est peut-être la phrase la plus difficile à entendre, et pourtant la plus libératrice pour beaucoup de personnes que j'accompagne.

Votre organisme a une zone de confort pondérale. Un intervalle dans lequel il fonctionne sans effort excessif, sans compensation permanente, sans lutte quotidienne. Cet intervalle ne correspond pas forcément à l'image que vous aviez en tête. Il peut être plus élevé que ce que vous espériez.

Accepter que votre corps ait besoin de quelques kilos supplémentaires pour vivre en harmonie, ce n'est pas abandonner. Ce n'est pas renoncer à prendre soin de vous. C'est choisir la paix avec votre corps plutôt qu'une guerre permanente qui, dans la grande majorité des cas, finit par le perdre.

Un corps à 65 kg qui mange avec plaisir, dort bien, bouge sans douleur et affronte le quotidien avec énergie vaut infiniment mieux, pour la santé et pour la vie, qu'un corps à 62 kg maintenu à force de restrictions, de culpabilité et d'épuisement.

Ce corps à 65 kg n'est peut-être pas "parfait" selon les standards en circulation. Ces kilos en plus, ils se situent là où votre regard se pose chaque matin mais vous les oubliez vite, avec cet ensemble finalement confortable au quotidien et esthétique dans son entièreté . Il vous appartient. Et il vous permet de vivre.

Alors, c'est quoi votre poids idéal ?

C'est le poids auquel vous n'avez pas d'effet néfaste sur votre santé. Celui auquel vous vous sentez bien dans votre quotidien, selon vos propres critères. Et celui que vous pouvez maintenir sans que votre vie entière soit organisée autour de cet objectif.

Ce poids existe. Il n'est peut-être pas celui que vous avez en tête ce soir. Mais il mérite qu'on le cherche ensemble, sans jugement, sans formule, et avec un peu plus de bienveillance envers vous-même que ce que vous vous accordez habituellement.

Laurianne Chignard Henneveu
Diététicienne-Nutritionniste | Micronutritionniste
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