SII : et si ce n'était pas votre côlon le problème ?

Laurianne Chignard • 29 juin 2026

SII : et si ce n'était pas votre côlon le problème ?

Vous êtes venu avec des douleurs abdominales, des ballonnements qui ne passent pas, un transit qui ressemble à une météo capricieuse. Vous avez peut-être attendu des mois pour avoir un rendez-vous avec un gastroentérologue. Vous avez fait la coloscopie, la gastroscopie, les prises de sang. Tout est revenu normal.

Alors le médecin a posé un diagnostic : syndrome de l'intestin irritable. Il vous a remis une liste d'aliments à éviter, le régime FODMAP, et puis… plus grand chose. Retour à la case départ, mais avec une liste d'interdits en plus.

Je reçois régulièrement des patients dans cette situation. Ils ont souffert longtemps. Ils ont cherché longtemps. Et quand ils arrivent dans mon cabinet, ils ne veulent pas qu'on leur dise encore quoi ne pas manger. Ils veulent comprendre pourquoi leur corps réagit ainsi, et avoir enfin une liste claire de ce qui leur convient, à eux, personnellement.

C'est exactement ce que je cherche à construire avec eux : le mode d'emploi de leur système digestif.




Le SII, un diagnostic qui dit ce qu'on ne sait pas,  pas ce qui se passe

Le syndrome de l'intestin irritable (SII, ou SCI — syndrome du côlon irritable) est ce qu'on appelle un diagnostic d'exclusion. Cela signifie qu'on le pose quand tous les examens médicaux reviennent normaux et que les symptômes persistent. Ce n'est pas une maladie avec une cause identifiée et un traitement ciblé. C'est, pour être honnête, une façon médicalement admise de dire : "on vois que vous souffrez, mais on n'a pas trouvé ce qui vous fait souffrir."

Ce n'est pas un reproche à la médecine, les examens classiques (coloscopie, gastroscopie, prise de sang standard) sont indispensables et permettent d'écarter des pathologies sérieuses comme la maladie de Crohn, la rectocolite hémorragique ou les cancers digestifs. Cette étape est essentielle. D'ailleurs, si vous venez en discuter sans en avoir parlé a votre médecin, je vous remettrais un courrier à lui transmettre pour qu'il explore les différentes médicales à vos maux.

Mais s'arrêter là, c'est souvent s'arrêter au milieu du chemin.

Car derrière un tableau de SII identique en apparence, il peut y avoir des réalités très différentes selon les personnes. Et c'est précisément là qu'une approche nutritionnelle fonctionnelle prend tout son sens.




Le régime FODMAP : un outil utile, mais souvent mal utilisé

Le régime FODMAP a été développé par des chercheurs de la Monash University en Australie. Il consiste à réduire temporairement les sucres fermentescibles présents dans de nombreux aliments (certains fruits, légumes, laitages, légumineuses, édulcorants). Pour une partie des patients SII, il apporte un soulagement réel des symptômes.

Le problème, c'est la façon dont il est souvent appliqué.


Il est conçu pour être temporaire. La phase d'éviction dure en principe 4 à 8 semaines, suivie d'une réintroduction méthodique pour identifier les familles d'aliments problématiques. En pratique, beaucoup de patients reçoivent la liste d'éviction et ne voient plus personne pour la suite. Ils restent sur un régime appauvri pendant des mois, voire des années, sans jamais avoir testé leurs tolérances réelles.


Il ne traite pas les causes. Même quand il fonctionne bien, le régime FODMAP réduit les fermentations intestinales sans chercher pourquoi elles sont excessives. Un microbiote déséquilibré, une muqueuse intestinale fragilisée, un déficit enzymatique ou une hypochlorhydrie gastrique peuvent toutes générer des fermentations, et aucune de ces causes ne sera résolue en supprimant les poireaux.


Il peut aggraver les choses sur le long terme. Les fibres fermentescibles (prébiotiques) nourrissent les bonnes bactéries de l'intestin. Les supprimer durablement appauvrit le microbiote et réduit sa diversité bactérienne. La Monash University elle-même déconseille ce régime au-delà de la phase de test, sans réintroduction encadrée.

Ce n'est pas un mauvais outil. C'est un outil incomplet, quand il est utilisé seul.




Ce que vos examens n'ont peut-être pas cherché

Voilà ce que j'explore en consultation, en complément de ce que votre médecin a déjà investigué.


La glycémie instable. Ce n'est pas le premier réflexe quand on parle de troubles digestifs, et pourtant. Une glycémie qui monte et descend en montagnes russes génère des mécanismes inflammatoires, perturbe la motilité intestinale et favorise les ballonnements post-prandiaux. La façon dont vous composez vos repas (l'ordre des aliments, la présence de protéines et de graisses, la gestion des glucides) peut changer radicalement votre confort digestif.


L'hypochlorhydrie (le manque d'acidité gastrique.) C'est paradoxal, mais le reflux gastrique n'est pas toujours causé par un excès d'acide. Quand l'estomac manque d'acidité, la valve qui sépare l'estomac de l'œsophage se ferme mal, et les remontées acides apparaissent , non pas parce qu'il y a trop d'acide, mais parce qu'il n'y en a pas assez pour maintenir la valve fermée. Un déficit en HCl perturbe aussi la digestion des protéines, réduit l'absorption du fer et de la B12, et favorise la prolifération bactérienne dans l'intestin grêle.


L'insuffisance biliaire. La bile est sécrétée par le foie et stockée dans la vésicule biliaire. Elle joue un rôle essentiel dans la digestion des graisses et dans l'équilibre du microbiote. Quand elle est insuffisante ou mal fluidifiée, les repas gras deviennent difficiles à digérer, les selles changent d'aspect, et l'absorption des vitamines A, D, E et K est compromise. Ce n'est pas une maladie grave, c'est un dysfonctionnement fonctionnel, qui se travaille.


Les sensibilités alimentaires méconnues. Ce ne sont pas des allergies au sens médical du terme. Elles ne se voient pas sur un bilan IgE et ne déclenchent pas de réaction immédiate et spectaculaire. Les réponses sont retardées, diffuses, difficiles à identifier seul. Parmi les plus fréquentes que je rencontre : l'intolérance à l'histamine (liée à un déficit enzymatique en DAO), la sensibilité aux salicylates (des composés naturellement présents dans de nombreux fruits, légumes et épices dits "sains"), la sensibilité à la caséine bêta-A1 du lait de vache, ou encore l'intolérance au fructose libre.


La dysbiose et la perméabilité intestinale. Le microbiote intestinal est un écosystème complexe. Quand il est déséquilibré, par des antibiotiques, un stress prolongé, une alimentation appauvrie, une infection, il peut entretenir une inflammation chronique de bas grade, amplifier les réactions alimentaires et fragiliser la muqueuse intestinale. Cette fragilité de la muqueuse, souvent appelée "leaky gut", augmente la réactivité globale du système digestif à de nombreux aliments.


La parasitose chronique. C'est la piste la moins explorée en médecine courante, peut etre trop taboue,  et pourtant l'une des plus fréquentes dans les tableaux de troubles digestifs chroniques inexpliqués.




Mon objectif : trouver le mode d'emploi de votre système digestif

Quand vous arrivez en consultation pour des troubles digestifs chroniques, je ne commence pas par vous donner une liste d'aliments à supprimer. Je commence par vous écouter, vraiment, et par chercher à comprendre ce qui se passe.

Un questionnaire fonctionnel détaillé est rempli avant notre première séance. Il couvre l'ensemble de votre système digestif : production d'acide gastrique, fonction biliaire, enzymes pancréatiques, microbiote, tonus du nerf vague, sensibilités alimentaires, glycémie. Il me donne une première carte de votre terrain.

Ensuite, si des bilans biologiques complémentaires sont utiles, je coordonne avec votre médecin traitant et lui adresse un courrier de synthèse.

Une fois les causes probables identifiées, je vous propose un ou plusieurs protocoles d'évictions ciblés  avec un objectif précis et une date de fin!.. On teste, on observe, on tire des conclusions. Et quand les réintroductions sont nécessaires, elles se font de façon méthodique, en consultation, parce qu'un aliment toléré seul peut poser problème associé à d'autres (c'est ce qu'on appelle l'effet de seuil).

Au bout du processus, vous disposez d'une liste claire et personnalisée : ce qui vous convient, ce qui vous pose problème, et ce que vous pouvez consommer à dose modérée sans inconfort. Pas une liste copiée-collée d'internet. La vôtre.

Article rédigé par Laurianne Chignard Henneveu, diététicienne-nutritionniste micronutritionniste 95 boulevard de Doulon, 44300 Nantes | En cabinet et en visio laurianne@dietnantes.fr | 06 95 91 30 03 | dietnantes.fr


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Quand j'ai intégré le Z-Métrix à ma pratique il y a bientôt dix ans, ce n'était pas par effet de mode. C'était une réponse concrète à une limite que je ressentais au quotidien : la balance seule ne raconte qu'une partie de l'histoire. Un chiffre sur un écran ne distingue pas le muscle de la graisse, l'eau de la masse cellulaire. Et pourtant, c'est précisément cette distinction qui change tout dans l'accompagnement d'un patient. Le Z-Métrix est un appareil de bioimpédance multifréquence, et c'est celui que j'utilise en cabinet depuis près d'une décennie. Je tiens à être claire : il n'est pas indispensable à une bonne pratique diététique. Un bilan rigoureux, une anamnèse détaillée et une écoute attentive restent les fondamentaux de mon métier. Mais pour beaucoup de patients, cet outil change quelque chose d'important : il rend visible ce qui était invisible, et objective ce que les mots peinent parfois à faire comprendre. Je dis souvent qu'il vous permet de voir ce qui est dans ma tête : des choses qui me sembles évidentes au vu de vos réponses mais qui ne votre coté est très abstrait. Et quant j'ai un doute, la mesure via le Zmetrix permet de trancher. Sa fiabilité et la lisibilité de ses résultats en font un vrai support de consultation, autant pour moi que pour les personnes que j'accompagne. C'est dans cet esprit que je vous propose une série de trois articles consacrés au Z-Métrix rédigés par Eva Cornet, Ingénieure Biomédicale et Directrice de la division Impédancemétrie chez COSMED France. Le premier,vous explique la technologie dans le détail , avec la précision de celle qui la connaît mieux que quiconque. Les deux articles suivants aborderont son utilité concrète du côté du diététicien, puis l'intérêt réel pour le patient. Bonne lecture.
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