Les bons conseils de tata Suzanne : la protéine en poudre
Les bons conseils de tata Suzanne : la protéine en poudre

Ce dimanche, c’est mamie qui reçoit !
Repas familial classique. Le genre de déjeuner où tout le monde sait déjà ce qu’il y aura dans l’assiette avant même d’avoir passé le portail : Poulet rôti, Frites, Haricots verts.
Le poulet de mamie, c’est une légende familiale. Peau croustillante, cuisson parfaite, odeur capable de réunir toute la famille plus vite qu’un groupe WhatsApp.
Enfin… sauf pour cousin Kevin! Kevin, le poulet, ce n’est pas son truc. D’habitude, il pousse discrètement les morceaux dans les haricots verts, noie les frites sous le ketchup et repart avec du pain “pour compenser”.
Mais cette semaine, quelque chose est étrange : Kevin mange du poulet! Sans râler! Pire encore : il refuse la deuxième tournée de frites! Et alors là… silence dans la salle à manger...Parce que Kevin reprend du blanc de poulet. Mamie manque de lâcher le plat, Tonton Patrick repose son verre. Même le chien semble inquiet.
“Bah qu’est-ce qui t’arrive Kevin ?”
Kevin relève la tête avec le sérieux d’un homme qui vient d’entrer dans une nouvelle dimension.
“J’suis en prise de masse.”
Évidemment. Kevin ne supporte plus son “look de ficelle”. Depuis trois semaines, il a :
- un programme de musculation,
- des vidéos motivation TikTok,
- un tableau Excel avec le calcul des "Macros",
- et une passion soudaine pour les blancs de poulet.
Le poulet, il trouve toujours ça aussi triste qu’un lundi de novembre sous la pluie. Mais “faut des prots”. Alors il mange. Et là… vous la voyez arriver : Tata Suzanne.
Elle entend le mot “protéines” comme un requin sent une goutte de sang dans l’eau. Parce que depuis qu’elle a perdu 15 kilos en un mois (on ne sait plus très bien quand, ni surtout depuis combien elle était partie), elle s’intéresse énormément à la nutrition. Et surtout… “son entreprise” vient justement de sortir une nouvelle poudre de protéines “expert prise de masse”. Quel hasard.
Heureusement, elle a justement un échantillon dans son tote bag. La chance.
Kevin regarde ça comme si on venait de lui remettre les clés du bodybuilding mondial. Forcément, moi, je regarde la composition. Et honnêtement ? C’est plutôt propre. Ce qui est amusant, c’est que ça ressemble énormément à certaines poudres qu’on trouve très facilement dans les grandes enseignes de sport… mes patients m'en montrent souvent.
Mais chez tata Suzanne, il y a une offre exceptionnelle :
“Si tu prends 4 pots, le 5e est offert.”
Heureusement tata. Parce qu’à 60 € le pot, disponible à moins de 20€en magasin de sport, le cadeau est apprécié. Et puis Kevin “a besoin de prot”. Donc maintenant :
- 3 shakers par jour,
- dans du lait,
- pendant toute la prise de masse.
Kevin pèse 50 kilos.
Pour quelqu’un qui pratique la musculation, les besoins tournent généralement autour de 1,6 à 2 g de protéines par kilo de poids corporel par jour.
Donc Kevin aurait besoin d’environ 80 à 100 g de protéines quotidiennes.
Sauf que ses repas lui en apportent déjà une bonne partie :
- le poulet du midi,
- les œufs,
- les yaourts,
- les féculents,
- le fromage,
- et maintenant ses 3 énormes shakers…
Au final, Kevin dépasse largement les 180 g de protéines par jour. Pour 50 kilos.
Ses reins commencent à regarder la situation avec beaucoup moins d’enthousiasme que lui. Mais ce n’est pas le seul problème. Parce que Kevin a un intestin… sensible. Le lactose et lui entretiennent une relation compliquée depuis plusieurs années. Il a eu l’intelligence de choisir un lait adapté. Malheureusement, la poudre protéinée, elle, contient encore du lactose. Et entre cette whey et son système digestif, on est sur une incompatibilité de caractère majeure. Ce qui s’exprime désormais de façon extrêmement sonore et particulièrement odorante à chaque séance de squat.
La salle de sport souffre.
Les adhérents aussi.
Mais tata Suzanne est contente.
Kevin est content.
Le deal est conclu.
Kevin repart avec :
- ses protéines,
- son programme alimentaire “validé scientifiquement par ChatGPT”,
- et probablement moins d’argent sur son compte que dans le réservoir de sa Fiat Punto de 2004.
Les pneus sont lisses, ils feront bien une année de plus ca donne du style dans les virages, mais les biceps progressent.
Chacun ses priorités.
Le problème, c’est que la protéine en poudre n’est pas “mauvaise”. La whey peut être utile. Très utile même.
Dans certains contextes comme des difficultés à couvrir les besoins, la pratique sportive intense, le manque d’appétit, la récupération, la dénutrition, l'organisation compliquée, les besoins augmentés…
Mais entre :
“un complément utile”
et
“3 shakers par jour parce qu’un influenceur a dit GO MUSCU”
… il y a un monde.
Parce qu’en nutrition, la question n’est jamais uniquement :
“Est-ce que ce produit est bon ?”
La vraie question est :
“Est-ce qu’il est adapté à cette personne, dans cette situation, avec ce fonctionnement digestif, cette santé et cette alimentation globale ?”
Le regard de la diététicienne, c’est justement ça.
On ne “vend” pas un produit miracle. On regarde : les besoins réels, les apports déjà présents, la tolérance digestive, le budget, les habitudes, les objectifs, et l’état de santé.
Et surtout, on surveille.
Parce qu’augmenter fortement ses apports protéiques sans suivi, surtout sur le long terme, ce n’est pas anodin.
Alors parfois, on adapte les doses. Parfois, on choisit une autre forme. Parfois, on améliore simplement les repas. Et parfois… on découvre qu’il n’y avait même pas besoin de poudre au départ.
Et quand il y a une supplémentation importante ou un contexte particulier, on travaille aussi avec le médecin.
Parce qu’un vrai suivi, ce n’est pas juste : “tiens Kevin, bois ça et fais des squats.”
C’est aussi surveiller la tolérance, prévenir les complications, demander un bilan si nécessaire, et changer de stratégie avant que le corps dise stop.
Même si, entre nous… la salle de sport remerciera probablement déjà qu’on règle l’histoire du lactose.
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