par Laurianne Chignard
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8 février 2026
La maladie de Hashimoto est une pathologie auto-immune de la thyroïde encore trop souvent diagnostiquée tardivement. En consultation, je rencontre régulièrement des personnes qui « sentent bien que quelque chose ne va pas », sans parvenir à mettre des mots précis sur leurs ressentis. Fatigue persistante, moral en berne, prise de poids inexpliquée… autant de signaux parfois banalisés, alors qu’ils méritent une vraie attention. La difficulté avec la thyroïdite de Hashimoto, c’est que ses symptômes sont nombreux, peu spécifiques et variables d’une personne à l’autre. On retrouve fréquemment une fatigue chronique, une frilosité inhabituelle, une prise de poids ou une difficulté à en perdre malgré des efforts, une chute de cheveux, une peau sèche, des troubles digestifs comme la constipation, des troubles de la concentration et de la mémoire, une baisse de la motivation, des douleurs musculaires ou articulaires, des cycles menstruels irréguliers ou encore une baisse de la libido. Chez les femmes, ces manifestations peuvent passer totalement inaperçues, en particulier autour de la périménopause ou de la ménopause. Bouffées de chaleur, fatigue, troubles du sommeil, variations de l’humeur ou prise de poids sont souvent attribués uniquement aux changements hormonaux liés à cette période de vie, alors qu’une atteinte thyroïdienne peut coexister ou s’installer progressivement. C’est ce chevauchement des symptômes qui retarde parfois le diagnostic. La première étape reste incontournable : consulter son médecin traitant. C’est lui qui pourra évaluer la pertinence des examens biologiques en fonction de votre clinique et de votre histoire personnelle et familiale. La prise de sang est ensuite un outil clé du dépistage, mais il est important de rappeler qu’un dosage isolé de la TSH ne suffit pas pour explorer correctement la thyroïde. Pour une évaluation plus complète, il est nécessaire de doser également les hormones thyroïdiennes libres, la T3 et la T4, ainsi que les anticorps spécifiques, notamment les anti-TPO et anti-thyroglobuline, marqueurs de l’auto-immunité. Le remboursement par la sécurité sociale est controlé, alors certains médecins ne les prescrive pas pour "un simple doute" Aujourd’hui, il est possible de demander ces dosages directement en laboratoire (mëme sans ordonnance médicale). Cette option peut représenter un premier pas pour certaines personnes qui ne sente pas écoutées par le médecin , mais il faut avoir en tête que les analyses restent alors entièrement à la charge du patient. Surtout, il est essentiel de ne pas jouer à l’apprenti sorcier. Des résultats en dehors des normes ne doivent jamais conduire à un auto-diagnostic ou à une auto-prise en charge. En cas d’anomalies biologiques, la consultation d’un endocrinologue est indispensable (et ne sera plus refusée par votre médecin avec vos analyses en poche). Ce spécialiste pourra interpréter finement les résultats sanguins et demandera, a minima, une échographie thyroïdienne afin de confirmer ou non le diagnostic de thyroïdite de Hashimoto. Sous l’angle de la médecine fonctionnelle , il est toutefois possible d’agir en amont, lorsque les valeurs biologiques sont encore dans les normes mais ne se situent pas dans des zones considérées comme optimales, notamment en présence de symptômes évocateurs. Dans ce contexte, un travail sur l’hygiène de vie, l’alimentation, la gestion du stress et les éventuelles carences micronutritionnelles peut déjà apporter un réel bénéfice et contribuer à ralentir l’évolution de la dysfonction thyroïdienne. Lorsque la maladie de Hashimoto est confirmée, une prise en charge diététique adaptée est fortement recommandée . L’objectif n’est pas de « guérir » la maladie, mais d’accompagner le traitement médical, de soutenir la fonction thyroïdienne, de moduler l’inflammation et d’améliorer la qualité de vie au quotidien. Une alimentation personnalisée, réfléchie et évolutive fait pleinement partie du parcours de soins. Être à l’écoute de ses symptômes, oser poser des questions et se faire accompagner par des professionnels formés reste aujourd’hui la meilleure stratégie pour avancer sereinement face à la maladie de Hashimoto.