Le lipoedème : nouvelle "pseudo‑maladie" à la mode ou réalité méconnue ?

Laurianne Chignard • 27 juillet 2025

Le lipoedème : nouvelle "pseudo‑maladie" à la mode ou réalité méconnue ?

Le lipoedème est une maladie chronique progressive qui touche presque exclusivement les femmes. Elle se manifeste par une accumulation disproportionnée et symétrique de tissu adipeux sous‑cutané, majoritairement au niveau des cuisses, hanches, fesses et parfois des bras, épargnant les pieds et mains


Qu’est‑ce que le lipoedème ?

Il s’agit d’un dysfonctionnement du tissu adipeux, distinct de l’obésité ou de la cellulite. La graisse lipodémateuse est hormonale, fibrosée, inflammée et souvent liée à une altération du drainage lymphatique 

Cette particularité explique pourquoi elle ne réagit pas à l’alimentation ou à l’exercice classique, contrairement à la graisse "saine".

Les signes cliniques incluent douleur à la pression, tendance aux ecchymoses, sensibilité accrue et œdème non réductible 

Visualisation et mesure : graisse saine vs graisse lipodémateuse


– Graisse saine (normale) : se répartit uniformément, réactive à régime et activité physique.

– Graisse lipodémateuse : apparaît sous forme nodulaire, fibrotique, inflammée et ne régresse pas malgré les 


Sur les images ci‑dessus, le premier diagramme illustre la localisation d’une graisse "saine" tandis que les suivants visualisent le tissu adipeux dans le lipoedème (hypertrophie, hyperplasie, fibrose, oedème) .


Ces différences sont cliniquement visibles (cuffing à la cheville, disproportion hanche/cuisses) et peuvent être mesurées par imagerie (IRM ou scanner) montrant une hypertrophie uniforme et inflammatoire du tissu sous‑cutané, sans modifications cutanées typiques du lymphœdème 


Un cas révélateur : anorexie et persistance du lipoedème

Un cas remarquable publié dans l’American Journal of Case Reports décrit une jeune femme qui, persuadée d’être en surpoids en raison de la disproportion de ses membres inférieurs, développe une anorexie sévère avec un IMC moyen de 15 kg/m². Après une longue période, elle retrouve un IMC de 21,5 kg/m², mais la graisse localisée aux cuisses et hanches reste inchangée. Ce sont uniquement des symptômes tels que douleur, sensibilité et ecchymoses qui conduisent enfin à poser le diagnostic de lipoedème

Ce cas illustre parfaitement que le lipoedème ne se développe pas par excès alimentaire mais ne répond pas non plus à la restriction calorique extrême, ce qui peut favoriser l’apparition de troubles alimentaires


Ce que l’on comprend aujourd’hui du développement du lipoedème
Les causes exactes restent mal définies, mais plusieurs facteurs sont identifiés :
  • Prédisposition génétique : antécédents familiaux dans jusqu’à 60 % des cas, avec probable transmission autosomique dominante
  • Influences hormonales : début souvent lié à la puberté, grossesse ou ménopause ; rôle de la dérégulation d’œstrogènes favorisant adipogénèse excessive 
  • Dysfonction microvasculaire : angiogenèse excessive, perméabilité capillaire, microangiopathie, inflammation chronique, fibrose et altération du drainage lymphatique même aux premiers stades
  • Le tissu gommerait ainsi toute réaction normale à la restriction calorique et au sport, menant à l’accumulation persistante, douloureuse et résistante du gras.

Traitements actuels : quelles options ?
À ce jour, aucun traitement curatif n’est disponible :
La prise en charge conservative (drainé, compression, physiothérapie, nutrition anti-inflammatoire, soutien psychologique) permet une réduction limitée du volume (5–10 %) et principalement une atténuation des symptômes, sans ralentir la progression naturelle de la maladie 
La chirurgie (liposucion épargnant lymphatique) apparaît comme l’unique option symptomatique efficace à long terme. Des études ayant suivi des patientes jusqu’à 8 ans témoignent d’améliorations en termes de douleurs, tour de jambe, ecchymoses, qualité de vie, avec un taux de complications (hémorragie, infection…) faible (< 5 %) 
Toutefois, c’est une intervention coûteuse, non toujours prise en charge par l’assurance maladie, et comportant des risques sérieux notamment au niveau lymphatique et vasculaire

Dénoncer la culpabilité, changer le regard
Il est essentiel de rappeler aux patientes et à leur entourage que le lipoedème n’est ni un défaut esthétique, ni une paresse ou un manque de volonté. Au contraire, c’est une maladie à part entière, résistante aux méthodes classiques de perte de poids.
Adopter un discours bienveillant et déculpabilisant est primordial. Invitez l’entourage à comprendre la pathologie, à accompagner sans juger, à valoriser les progrès symptomatiques malgré l’absence de perte de volume visible.

La conduite à tenir : un encouragement à une prise en charge bienveillante, globale (kinésithérapie, nutrition adaptée, soutien psychique) peut faire toute la différence dans la vie quotidienne des patientes.

Pour conclure, 
Le lipoedème n’est pas une mode, mais une pathologie biologique, sous-diagnostiquée, souvent confondue avec l’obésité ou la cellulite. Le gras lipo‑démateux est visiblement et objectivement différent, mesurable par imagerie, et ne diminue pas malgré un régime équilibré. Le seul traitement curatif inexistant à ce jour, mais la chirurgie spécialisée peut apporter un soulagement, quoique risqué et coûteux. En attendant, une prise en charge personnalisée, factuelle et déculpabilisante est essentielle pour accompagner les patientes dans leur quotidien.

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