Ce que j'ai mangé cet été et pourquoi je n'ai aucune culpabilité
Ce que j'ai mangé cet été, et pourquoi je n'ai aucune culpabilité
Il y a une image tenace du diététicien en vacances : salade composée au bord de la piscine, eau plate, fruit de saison pour le dessert, et sourire bienveillant face aux excès des autres. Je vais vous décevoir. Cet été, j'ai acheté une Ninja Slushi.
La canicule, les glaces, et mes convictions
Quand les températures dépassent les 40°C plusieurs jours d'affilée, le corps réclame du froid. C'est physiologique, c'est légitime, et résister héroïquement à l'envie de quelque chose de frais et sucré n'a strictement aucun intérêt nutritionnel, ni humain.
Mais voilà : j'ai un avantage que je dois reconnaître honnêtement. Les glaces industrielles ne m'attirent plus vraiment. Non pas par vertu diététique, mais parce qu'elles ne me satisfont plus gustativement. Trop sucrées, avec ce goût artificiel qui annonce "fraise" ou "vanille" sans jamais vraiment y ressembler. Ce n'est pas de la discipline , c'est juste que le produit ne tient plus ses promesses à mon palais.
Ce qui me satisfait vraiment ? Des fruits surgelés mixés au Thermomix. Trente secondes, un peut de sucre ou de mile si besoin, et j'obtiens un sorbet maison dont la texture et le goût rivalisent facilement avec n'importe quelle version industrielle. Mangue, fruits rouges, banane-coco, le choix est infini et le résultat immédiat.
Ce n'est pas non plus un choix de diététicienne modèle. C'est un choix pratique qui me convient, parce que je mange rarement des fruits crus entiers, intestin capricieux oblige. Les fruits surgelés mixés me permettent d'en consommer sans les inconforts digestifs habituels. La diététique, même pour moi, s'adapte à la réalité du corps qu'on habite.
La Ninja Slushi : un achat formidable... et une catastrophe diététique
Et puis il y a eu la Ninja Slushi.
Sur le papier, c'est un appareil fascinant. Il transforme n'importe quel liquide en slush en quelques minutes, avec une texture crémeuse et une présentation qui donne envie. Les promotions de cette année sur l'ancien modèle on eu raison de moi. J'ai craqué. Je l'assume.
Sauf qu'il y a un détail que la publicité mentionne en tout petit : pour obtenir une bonne texture (cette consistance crémeuse et fondante qui fait tout l'intérêt de la machine) le liquide de départ doit être soit suffisamment sucré, soit alcoolisé. Sans l'un ou l'autre, le résultat est décevant, trop liquide, pas du tout à la hauteur des promesses. C'est de la physique pure. Pas de chance.
Autant dire que d'un point de vue diététique, on part effectivement avec un gros handicap.
Nous avons donc exploré les possibilités. Des jus de fruits pressés à la maison, glacés et transformés en slush, bien meilleurs que les versions industrielles, avec un vrai goût de fruit, même si la teneur en sucres reste celle du jus. Des milkshakes faits maison, avec du lait entier, une banane, du cacao, épais, savoureux, bien plus intéressants nutritionnellement qu'un milkshake de fast-food. Et oui, lors de quelques soirées estivales, des versions légèrement alcoolisées quand nous avons reçu des amis :un verre de rosé transformé en cocktail glacé, un cuba libre givré, un mojito glacé ...parce que l'été et les retrouvailles méritent un peu de fantaisie.
Est-ce que j'ai une culpabilité particulière face à tout ça ? Non. Et voici pourquoi.
Pourquoi l'absence de culpabilité n'est pas de la complaisance
La culpabilité alimentaire est l'une des choses les plus contre-productives qui existent en matière de nutrition. Elle ne fait pas maigrir, elle ne protège pas la santé, et elle entretient une relation anxieuse à la nourriture qui finit toujours par coûter plus cher que le plaisir qu'elle prétend encadrer.
Ce qui détermine l'impact réel d'un aliment ou d'une préparation sur la santé, ce n'est jamais l'aliment seul. C'est toujours la combinaison de plusieurs facteurs que j'applique aussi à ma propre vie.
La fréquence. Un milkshake maison par semaine pendant six semaines d'été ne représente pas grand chose dans une alimentation globalement équilibrée. Une slush sucrée par jour pendant trois mois, c'est une autre histoire. C'est le même aliment : c'est la fréquence qui change tout.
Le choix des occasions. Nous avons sorti la Ninja Slushi pour les soirs de grande chaleur, pour les retrouvailles avec des amis, pour les moments qui méritaient quelque chose de festif. Pas par habitude quotidienne, pas par ennui, pas comme substitut à un repas. L'occasion choisie donne du sens à ce qu'on mange, et ce sens change la façon dont le corps et l'esprit reçoivent l'aliment (et vu la capacité de la cuve, on n'a pas vraiment de quoi rouler par terre en fin de soirée)
Le choix des produits. Même dans les versions "plaisir", j'ai fait des choix. Des jus pressés à la maison plutôt que des nectars industriels. Du lait entier plutôt que des préparations ultra-transformées. Un verre de rosé qu'on aime vraiment plutôt qu'un cocktail sucré de mauvaise qualité. Le plaisir n'exclut pas la conscience de ce qu'on met dans son verre.
L'alimentation autour. C'est peut-être le point le plus important. Si le reste de l'alimentation est solide, des légumes, des protéines de qualité, des bonnes graisses, une hydratation correcte , quelques écarts ponctuels n'ont aucun impact réel sur la santé. L'équilibre alimentaire ne se calcule pas sur un repas, ni même sur une journée. Il se construit sur des semaines, des mois, des habitudes de fond.
Ce que cet été m'a rappelé
Que manger est aussi un acte social, sensoriel et émotionnel, et que ces dimensions ont une valeur réelle, pas seulement symbolique. Un repas partagé, un verre entre amis, une glace maison un soir de canicule participent à la qualité de vie d'une façon que les tableaux nutritionnels ne savent pas mesurer.
Que mes propres conseils s'appliquent aussi à moi. Je ne mange pas parfaitement, et ce n'est d'ailleurs pas l'objectif. Je mange de façon globalement cohérente, avec des choix conscients, des plaisirs assumés, et une relation à la nourriture qui n'est pas régie par la culpabilité.
Et que la Ninja Slushi est un appareil formidable pour les soirées estivales. Diététiquement imparfait. Humainement excellent.
Laurianne Chignard Henneveu
Diététicienne-Nutritionniste | Micronutritionniste
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