l'orthorexie

Laurianne Chignard • 15 avril 2026

Orthorexie : quand manger sain devient une obsession pathologique

Il y a quelques années, je recevais au cabinet une patiente que j'appellerai Céline. Elle ne venait pas pour perdre du poids. Elle venait parce que son mari s'inquiétait. Parce qu'elle avait refusé l'anniversaire de sa fille. Parce que les gâteaux "n'étaient pas assez bons". Parce qu'elle passait ses soirées à éplucher les étiquettes, à planifier chaque repas avec une précision militaire, et que la moindre entorse à ses règles alimentaires la plongeait dans une détresse profonde.
Céline mangeait parfaitement. Et Céline allait très mal.
Ce paradoxe, c'est celui de l'orthorexie.

Qu'est-ce que l'orthorexie, exactement ?

Le terme a été inventé en 1997 par le Dr Steven Bratman, médecin américain, à partir du grec orthos (correct) et orexis(appétit). Littéralement : le désir de manger correctement. En apparence, rien d'alarmant.

Sauf que dans l'orthorexie, ce désir de "bien manger" devient une obsession qui échappe à tout contrôle. L'orthorexique ne cherche pas à manger moins (contrairement à l'anorexique). Il cherche à manger pur. Sain. Parfait. Et cette quête de perfection alimentaire finit par envahir toute son existence.

À ce jour, l'orthorexie n'est pas encore reconnue comme un diagnostic officiel dans les grandes classifications internationales (DSM-5, CIM-11). Mais elle est de plus en plus documentée dans la littérature scientifique, et de plus en plus fréquemment rencontrée en consultation.

Comment reconnaître l'orthorexie ?

C'est souvent là que la difficulté commence. Parce que de l'extérieur, les comportements orthorexiques ressemblent à de la rigueur. À de la discipline. À un mode de vie sain.

Voici pourtant les signaux qui doivent alerter :

La liste des aliments "interdits" s'allonge sans cesse. D'abord les ultra-transformés, puis le gluten, puis les laitages, puis les cuissons à haute température, puis les fruits trop sucrés… Les règles s'accumulent et se rigidifient.

Les repas deviennent une source d'anxiété, pas de plaisir. La moindre sortie au restaurant devient un parcours du combattant. La personne anticipe, vérifie, questionne. Et souvent, renonce.

La vie sociale se rétrécit. Un dîner chez des amis ? Trop risqué. Un repas de famille ? Stressant. Un anniversaire ? Impossible s'il y a du gâteau. L'alimentation prend progressivement toute la place, au détriment des liens.

La culpabilité est intense et disproportionnée. Avoir mangé un aliment "impur" peut provoquer plusieurs jours de détresse, de compensations, voire de punitions alimentaires.

Le temps consacré à l'alimentation est excessif. Certaines personnes passent plusieurs heures par jour à planifier, chercher, préparer, et s'inquiéter de ce qu'elles vont manger.

Pourquoi ça commence ?

L'orthorexie ne surgit pas de nulle part. Elle s'installe souvent progressivement, à la faveur d'un contexte particulier.

Une maladie, une fatigue chronique, un épisode de mal-être peuvent être le point de départ : on cherche à reprendre le contrôle via l'alimentation, et ça "marche" , au moins au début. Les réseaux sociaux jouent également un rôle non négligeable. Le clean eating, le crudivore, le "sans-tout"… Ces tendances valorisent des restrictions de plus en plus sévères en les présentant comme des signes de vertu et d'intelligence. La frontière entre information santé et injonction anxiogène est mince.

Certains profils sont plus vulnérables : les personnes perfectionnistes, celles qui ont un besoin fort de contrôle, celles qui ont un antécédent d'autre trouble alimentaire, ou qui souffrent d'anxiété généralisée. Mais l'orthorexie peut toucher tout le monde. Y compris, et c'est important à dire, des personnes très informées sur la nutrition.

Les conséquences : le paradoxe cruel

Vouloir prendre soin de sa santé, et finir par la dégrader. C'est le cœur du paradoxe orthorexique.

Sur le plan physique, l'exclusion progressive de groupes alimentaires entiers entraîne des carences réelles : en protéines, en fer, en calcium, en vitamine B12, en lipides essentiels. La dénutrition peut s'installer silencieusement, masquée par l'impression de "manger sainement".

Sur le plan psychologique, l'anxiété s'installe durablement autour de l'alimentation. La dépression, l'épuisement mental, la perte totale du plaisir de manger en découlent fréquemment.

Sur le plan social, l'isolement est souvent l'une des premières conséquences visibles. Les relations se dégradent, les occasions manquées s'accumulent, et le repli sur soi s'aggrave.

La frontière avec "bien manger" : comment faire la différence ?

C'est la question que l'on me pose le plus souvent. Et elle est légitime, parce que la frontière n'est pas toujours évidente à tracer.

Voici ce que j'explique en consultation : la saine alimentation préserve la liberté. L'orthorexie la détruit.

Quelqu'un qui mange équilibré peut manger une pizza sans drame. Peut accepter un repas improvisé chez des amis. Peut savourer un dessert de fête sans que ça déclenche une spirale de culpabilité. Ses choix alimentaires sont éclairés, mais ils restent flexibles et adaptables à la vie réelle.

Dans l'orthorexie, les règles sont rigides, non négociables, et leur transgression provoque une détresse psychologique réelle. Ce n'est plus la santé qui guide, c'est la peur.

Que faire si vous vous reconnaissez ?

La première chose que j'ai envie de dire : l'orthorexie n'est pas un manque de volonté, ni un excès de conscience santé mal orienté. C'est un trouble, et il mérite une prise en charge. Sans jugement.

Le chemin vers le mieux passe par plusieurs étapes. Consulter son médecin traitant est un bon premier pas, pour poser les mots, évaluer les carences éventuelles, et orienter vers les bons professionnels. La thérapie cognitive et comportementale (TCC) est aujourd'hui la prise en charge de référence pour ce type de trouble. Elle permet de travailler sur les pensées rigides liées à l'alimentation et de réintroduire progressivement la flexibilité.

Un accompagnement diététique peut aussi être précieux, à condition qu'il soit attentif à la dimension psychologique, l'objectif n'est pas de donner de nouvelles règles alimentaires, mais d'aider à retrouver une relation apaisée avec la nourriture. L'idéal, quant c'est possible, c'est donc d'avoir avec soit une équipe pluridisciplinaire qui travaille ensemble, de facon coordonnée pour vous accompagner à votre rythme .

Mon regard de diététicienne

Ce qui me frappe le plus dans l'orthorexie, c'est l'intention de départ. Ces personnes ne cherchent pas à se faire du mal. Au contraire. Elles ont voulu "faire attention", "mieux manger", "prendre soin d'elles". Des mots que j'entends chaque jour en consultation, et qui sont, à la base, tout à fait sains.

Mais quelque part, quelque chose a dérapé. Et je pense que nous devons nommer clairement ce quelque chose : l'influence délétère d'une certaine culture du "manger parfait", portée à bout de bras par des réseaux sociaux qui valorisent l'exclusion alimentaire comme un acte de santé, voire de supériorité.

Sur Instagram, TikTok ou YouTube, des comptes aux millions d'abonnés délivrent chaque jour des listes d'aliments à "bannir absolument", des protocoles detox sans aucune base scientifique, des injonctions à manger "sans ceci" ou "sans cela", sans pensez aux carences nutritionnelles ou conséquences psychologiques et sociales. Derrière ces contenus, on trouve parfois des personnes bien intentionnées, mais sans formation médicale ou diététique sérieuse. Des personnes dont le modèle économique repose précisément sur l'engagement, la peur, et la promesse d'une solution miracle. Ce n'est pas nécessairement de la malveillance consciente, mais c'est de l'irresponsabilité. Et les dégâts, eux, sont bien réels.

Les patients que je reçois en consultation n'utilisent pas le mot "vertu" ou "discipline". Ils disent : "j'essaie juste de faire attention", "je veux pas manger de la merde", "j'ai lu que c'était mauvais pour la santé". Des formulations anodines, qui cachent parfois une anxiété alimentaire profonde, construite brique après brique par des années d'exposition à ces discours.

Ce que j'essaie de transmettre, en consultation, mais aussi auprès de mes étudiants, c'est une vision radicalement différente de l'alimentation. D'ailleurs, lorsque j'aborde l'orthorexie ou les régimes très restrictifs avec eux, leur réaction est souvent la même : ils ne comprennent pas comment on peut en arriver là. Et c'est une réaction saine. Parce qu'ils n'ont pas encore été exposés, ou pas suffisamment, à ces discours qui installent la peur dans l'assiette. Et, il faut aussi parfois ne pas chercher à comprendre pourquoi, mais accepter la situation et avoir envoi de prendre VRAIMENT soin de soit.

Manger sainement, ce n'est pas manger parfaitement. C'est manger de tout, sans tomber dans les extrêmes : c'est le principe même de l'équilibre.  C'est le plaisir d'un bon repas partagé, la convivialité d'une table où personne ne surveille son assiette avec méfiance. C'est la liberté de croquer dans un fruit sans vérifier son index glycémique l'eau utilisée pas son producteur, de manger une part de tarte chez sa mère sans culpabiliser le soir. L'équilibre alimentaire, ça se construit sur la durée, sur la variété, sur le plaisir, pas sur la restriction et la peur.

Et parfois, le repas le plus bénéfique pour votre santé, c'est celui que vous partagez avec les personnes que vous aimez, sans règles, sans calcul, juste présent.

Si vous pensez être concerné(e) par ces comportements, ou si vous souhaitez travailler sur votre relation à l'alimentation, n'hésitez pas à me contacter. Je vous accompagne avec une approche globale, bienveillante et adaptée à votre situation.

Laurianne Chignard Henneveu — Diététicienne-Nutritionniste, Micronutritionniste Diplômée depuis 2005, j'accompagne mes patients en cabinet à Nantes et en téléconsultation, avec une approche globale intégrant nutrition, micronutrition et analyse corporelle. 🌐 En savoir plus · 📅 Prendre rendez-vous


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Le PNNS 5 s’inscrit ainsi dans une stratégie globale qui relie santé humaine, environnement et système alimentaire, avec une ambition claire : favoriser une alimentation à la fois saine, durable et accessible à tous. Des priorités de santé publique renforcées Plusieurs axes forts émergent dans cette nouvelle feuille de route. La prévention des maladies chroniques reste centrale, avec un travail renforcé sur les facteurs nutritionnels impliqués dans des pathologies comme l’obésité, le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Le PNNS 5 met également davantage l’accent sur certains publics spécifiques, comme les femmes enceintes, les jeunes enfants ou les personnes âgées, notamment dans une logique de prévention de la dénutrition. Enfin, la réduction des inégalités sociales en matière d’alimentation apparaît comme un enjeu prioritaire, avec la volonté d’améliorer l’accès à une alimentation de qualité pour tous. L’environnement alimentaire au cœur des actions L’une des évolutions majeures de ce nouveau programme est le déplacement du regard : il ne s’agit plus uniquement d’informer, mais aussi de transformer l’environnement dans lequel les choix alimentaires sont réalisés. Cela se traduit par des actions sur l’offre alimentaire, l’information au consommateur, mais aussi sur la régulation du marketing, en particulier auprès des enfants. Cette approche est essentielle, car les comportements alimentaires sont largement influencés par le contexte de vie, et ne reposent pas uniquement sur la motivation individuelle. Une place accrue pour l’activité physique… et la lutte contre la sédentarité Le PNNS 5 renforce la promotion de l’activité physique tout en mettant l’accent sur la réduction de la sédentarité, notamment liée au temps d’écran. Cette double approche est cohérente avec les connaissances actuelles : il est possible d’être actif, tout en restant trop sédentaire au quotidien. 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