Pourquoi peut-on avoir mal au dos à cause de notre ventre
Pourquoi peut-on avoir mal au dos à cause de notre ventre
Dans mon cabinet, je reçois régulièrement des patients qui consultent pour rééquilibrer leur alimentation, et qui mentionnent, presque en passant, des douleurs dorsales qui traînent depuis des mois. Longtemps, ces deux plaintes coexistaient dans la même consultation sans que j'établisse de lien explicite entre elles.
C'est la raison pour laquelle je vous partage aujourd'hui l'article que Lucas Pietrasinski a rédigé sur ce sujet. Il y décrit, avec une clarté que je lui envie, les trois mécanismes par lesquels une inflammation intestinale chronique peut entretenir (ou amplifier) une douleur musculo-squelettique. Une lecture que je recommande à tous mes patients, et pas seulement à ceux qui souffrent du dos.
Quand nutritionniste et Ostéopathe travaillent ensemble sur la douleur
Vous consultez pour une douleur dans le dos, au niveau des épaules ou des hanches, et
pourtant les examens ne montrent rien d'alarmant. Et si une partie de la réponse se trouvait
dans votre intestin ? Voici ce qui se passe, étape par étape, dans votre corps.
L'intestin tire la sonnette d'alarme
La paroi de vos intestins est tapissée de minuscules capteurs de danger : les nocicepteurs
viscéraux. Leur rôle est de détecter quand quelque chose ne va pas et prévenir le cerveau.
Leur particularité : contrairement aux capteurs de la peau qui réagissent au choc ou à la
chaleur, ceux de l'intestin réagissent surtout à l'étirement et à la distension, quand la paroi
est tendue, distendue, tiraillée.
En temps normal, ces capteurs ont un seuil d'activation élevé. Il faut quelque chose
d'intense pour qu'ils s'activent. Mais quand l'intestin est en état d'inflammation chronique,
même légère, même silencieuse — ce seuil s'effondre. Des substances chimiques libérées
par l'inflammation (prostaglandines, bradykinine, cytokines comme l'IL-6 et le TNF-α)
viennent “réveiller” ces capteurs qui dormaient. Des capteurs qui, dans un intestin sain,
n'auraient jamais sonné.
Pour mieux comprendre
Imaginez un détecteur de fumée dont la sensibilité a été poussée au maximum. Là où avant
il ne sonnait qu'en cas d'incendie réel, il se déclenche maintenant à la moindre vapeur de
cuisine. L'intestin enflammé fonctionne pareil : il envoie des signaux d'alarme pour des
choses anodines — un repas normal, un peu de gaz, une légère distension après manger.
Ces signaux d'alarme partent alors en continu vers le cerveau, tout au long de la journée. Ce
flux permanent va progressivement modifier la façon dont votre système nerveux perçoit la
douleur — et c'est là que les choses deviennent importantes.
Le signal remonte vers la moelle épinière
Le cerveau confond intestin et muscles , et ce n'est pas un bug
Les signaux d'alarme envoyés par l'intestin voyagent le long des nerfs jusqu'à la moelle
épinière. Et là, ils arrivent dans une zone où se retrouvent également les signaux venant du
dos, des muscles et des articulations. Ces informations passent par les mêmes "carrefours"
nerveux.
Le cerveau reçoit tout ça en même temps, et il fait de son mieux pour interpréter d'où vient le
problème. Mais comme les signaux intestinaux et musculaires arrivent au même endroit, il
se trompe parfois d'adresse. Il projette la douleur vers le dos, l'épaule ou les hanches, alors que la source réelle est dans l'intestin. C'est ce que les médecins appellent la douleur
référée viscéro-somatique.
Pour mieux comprendre
C'est comme un vieux tableau électrique dont plusieurs circuits partagent le même fusible.
Quand le fusible saute, impossible de savoir d'un coup d'œil si c'est la cuisine ou le salon qui
pose problème. Le cerveau fait pareil : il reçoit un signal de surcharge et ne sait pas toujours
distinguer "c'est le côlon" de "ce sont les lombaires"
.
C'est pourquoi certaines personnes souffrant d'une irritation du côlon ressentent une douleur
dans le bas du dos. Ou pourquoi une tension digestive haute peut se manifester comme une
gêne entre les omoplates. La douleur est réelle, localisée, ressentie dans les muscles,
mais son origine est ailleurs.
Les signaux répétés modifient durablement le système nerveux
Le volume de la douleur monte, et reste monté
Voici l'étape la plus importante pour comprendre la douleur chronique. Quand les capteurs
de l'intestin envoient des signaux en continu pendant des semaines ou des mois, le système
nerveux finit par s'adapter. Comme un amplificateur qu'on laisse trop longtemps à fond, il se
recalibre. Son niveau de base monte. C'est ce que l’on appelle la sensibilisation centrale.
Concrètement, cela veut dire que le cerveau et la moelle épinière deviennent plus réactifs à
tous les signaux de douleur, pas seulement ceux venant de l'intestin. Un simple
mouvement du dos, une pression légère, une posture maintenue quelques minutes peuvent
déclencher une douleur qui, chez quelqu'un d'autre, ne provoquerait rien. Les mécanismes
naturels d'inhibition de la douleur fonctionnent moins bien.
Ce phénomène explique quelque chose que beaucoup de patients vivent sans comprendre :
deux personnes peuvent avoir exactement la même hernie discale sur une IRM, et pourtant
l'une souffre énormément tandis que l'autre ne ressent presque rien. La lésion est la même
— mais l'état du système nerveux ne l'est pas. L'inflammation intestinale chronique est l'un
des facteurs qui peut maintenir ce système en état d'alerte permanent.
Pendant ce temps, la mécanique du tronc se désorganise aussi
Le ventre distendu déstabilise le dos
Il y a encore un autre chemin par lequel l'intestin peut affecter vos muscles, un chemin
cette fois purement mécanique. Il passe par le diaphragme.
Le diaphragme est le grand muscle en forme de dôme qui sépare le thorax de l'abdomen.
On le connaît comme muscle respiratoire, et c'est vrai, il se contracte environ 20 000 fois
par jour. Mais il joue aussi un rôle postural : il participe à la stabilité du bas du dos en gérant
la pression à l'intérieur de l'abdomen à chaque respiration. Un diaphragme qui fonctionne
bien, c'est un dos mieux soutenu.Quand l'intestin est distendu ou inconfortable, quelque chose de paradoxal se produit : au lieu de se coordonner normalement avec la paroi abdominale, le diaphragme s'abaisse et se
contracte alors que le ventre se relâche, là où c'est normalement l'inverse. Les côtes
compensent en remontant, la cage thoracique se rigidifie, et les contraintes se redistribuent
sur les vertèbres lombaires et dorsales.
À cela s'ajoute que les organes digestifs sont physiquement reliés à la colonne et aux côtes
par des ligaments et des membranes. Quand un organe manque de mobilité — à cause
d'adhérences, de tensions ou d'inflammation, ces attaches transmettent des contraintes
mécaniques directement aux structures osseuses et musculaires adjacentes.
En résumé : Trois chemins, une même douleur
L'inflammation intestinale chronique peut alimenter la douleur musculo-squelettique par trois
voies simultanées : en activant des capteurs de danger hypersensibles dans la paroi
digestive, en saturant progressivement les circuits nerveux de la douleur, et en
désorganisant la mécanique du tronc via le diaphragme. Ces trois mécanismes ne s'excluent
pas — ils se cumulent et s'entretiennent mutuellement.
C'est pourquoi une approche qui ne traite que le symptôme douloureux, la lombalgie, la
tension cervicale, la douleur articulaire sans s'interroger sur l'état de l'environnement
digestif peut atteindre ses limites. Et c'est ce qui donne son sens à une prise en charge
combinant l'ostéopathie, qui intervient sur les conséquences mécaniques et nerveuses, et
un accompagnement nutritionnel, qui agit en amont sur le terrain inflammatoire.
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